JVP, BDS et terrorisme Juif Libéral ~ Par Gilad Atzmon, le 27 juin 2015:

  • Après avoir exposé la campagne de la JVP contre la grande patriote américaine Alison Weir, j’ai été approché par Berta Schwartz, une militante de la JVP américaine. Berta est évidemment un pseudonyme. Comme pour Ned Rozenberg, nos dissidents juifs libéraux craignent leurs synagogues «progressistes». Le fait d’exprimer leurs pensées ouvertement pourrait conduire à leur exclusion sociale et même à l’excommunication. Alors que les juifs orthodoxes ont peur de Dieu, nos juifs libéraux sont effectivement terrorisés par leurs amis. Avant de publier cette interview Berta m’a demandé de taire son nom et de dissimuler la localité de sa section JVP. J’ai suivi sa demande.

Berta Schwartz: Selon vous que veulent les Palestiniens hypothétiques en Cisjordanie, à Gaza ou dans les camps de réfugiés et que veulent-ils que le monde fasse?

Gilad Atzmon: À l’heure actuelle il y a plusieurs discours palestiniens différents et parfois contradictoires sur la libération, la résistance et même la collaboration. Hypothétiquement, je pense que dans la bande de Gaza, ils voudraient peut-être passer une journée sans drones et avoir la possibilité de se déplacer sans craindre un sniper israélien ou un missile; en Cisjordanie, ils voudraient peut-être conduire librement d’un point A à un point B sur une route directe. Dans le camp de Yarmouk ils ne peuvent probablement même pas s’imaginer un avenir différent. A Lod et à Jaffa les Palestiniens réclament des droits civils. Il est clair que les Palestiniens ne sont pas nécessairement d’accord entre eux sur leurs objectifs. Mais ce qui est beaucoup plus intéressant est que cette division est soutenue par les politiques et la législation israélienne.

La domination juive sur le mouvement de solidarité avec les Palestiniens n’aide pas. Au lieu de se battre pour le “droit au retour” des Palestiniens qui unissait autrefois tous les Palestiniens autour d’une seule philosophie, le mouvement a été entravé par une terminologie alambiquée qui est judéo-centrée en son noyau. Comme je l’ai déjà expliqué, la nouvelle terminologie de la solidarité (BDS, colonialisme, apartheid, fin de l’occupation, etc) est principalement préoccupée par la Cisjordanie, parce que c’est le seul territoire que les Juifs libéraux dirigent pour lequel les mouvements se trouvent intéressés. En bref, à la place d’un véritable mouvement de solidarité concerné uniquement par les droits des Palestiniens, le mouvement a dégénéré en un débat juif interne sur “Le droit au BDS”.

BS: Si les Palestiniens ont lancé un appel aux BDS internationaux, pourquoi personne d’autre n’en a prit la charge?

GA: Il n’y a rien de mal dans l’appel à boycotter ou à sanctionner Israël. Mes problèmes avec le mouvement BDS sont simples. Je différencie l’artiste et la tomate. Je crois en la liberté d’expression et je ne pense pas que faire des Palestiniens des adversaires du 1er amendement soit une idée intelligente. Dès 2005, j’avais prédit que BDS deviendrait un appareil de police de la pensée et, malheureusement, j’avais raison. Nous avons vu la campagne BDS contre George Galloway, Norman Finkelstein, Ken O’Keefe, Silvia Cattori, Greta Berlin, Daniel Barenboim, Jacob Cohen, moi, et d’autres intelligences. Il est devenu clair que si le principe original de BDS était légitime et a peut-être aidé la cause palestinienne, le mouvement est maintenant profondément corrompu. Il fonctionne comme un appareil juif libéral de police de la pensée. Norman Finkelstein l’a décrit à juste titre comme «une secte».

Un autre problème que j’ai avec le mouvement BDS est qu’il a changé l’énoncé de son objectif d’une manière clandestine éhontée. Il a compromis le principe palestinien le plus précieux – Il s’est développé en un tampon mandataire pour l’Etat Juif et j’ai expliqué cette transition ici (*).

En dehors de cela, je soutiens toutes les formes de sanctions et mesures possibles contre Israël et son lobby juif.

BS: Pensez-vous que BDS a une valeur quelconque? Politique? Éducative? Prise de conscience? etc…?

GA: Je ne suis pas un militant ni un grand croyant dans l’activisme. Il est très clair que BDS a une formidable capacité à unir les Juifs des deux camps, des soi-disant «pro» et «anti». Il supprime le débat concernant la Palestine aux Palestiniens et le transforme en un débat interne juif. Permettez-moi de vous dire … Ceci est très bon pour les Juifs. Je suppose que c’est également bon pour les quelques ONG palestiniennes assez corrompues pour accepter l’argent du sioniste libéral George Soros et de ses semblables.

BS: Je lis dans des rapports que les responsables israéliens et des organisations juives américaines ont peur de la croissance du mouvement BDS et veulent l’arrêter. Pensez-vous que cela indique qu’il s’agit d’une bonne stratégie?

GA: Comme je le dis plus haut, vous avez raison, cela prouve sans aucun doute qu’Israël et la Hasbara sont déterminés à faire du “droit au BDS” son combat de propagande prioritaire. Nous y voici donc à nouveau, au lieu de se battre pour le “Droit de retour” des Palestiniens, nous laissons quelques Juifs débattre sur le “Droit au BDS”. Est-ce bon pour la Palestine ou est-ce bon pour les Juifs? Mon opinion est que le BDS a marché dans une embuscade israélienne et ses responsables ont été et sont encore trop naïfs pour lire la carte, et cela n’a rien de surprenant. Suite à la purge continuelle des BDS/JVP contre les intellectuels, ce qui reste du mouvement de solidarité est un réseau activiste décapité qui n’a pas la capacité à penser stratégiquement et tactiquement, tout en étant critique de lui-même. C’est la recette pour un désastre.

BS: Selon vous quel type d’activiste ou de stratégie politique serait efficace pour changer les choses dans la région?

GA: Mon travail en tant que penseur est d’affiner la question plutôt que de fournir des réponses ou un ordre du jour à des “activistes”. Je crois que lorsque nous sommes assez courageux pour faire face au sens de la Judaïté d’Israël et de la puissance de la politique juive, alors seulement nous sommes en mesure de produire différentes réponses adéquates. Plutôt que de penser ‘activisme’ nous ferions mieux de nous arrêter et de nous assurer que nous comprenons bien la “cause”. Une telle suggestion est-elle scandaleuse? Pourtant, étant témoin de la purge actuelle des BDS/JVP contre Weir, Cohen, O’Keefe et moi-même, il est clair que nos «alliés» libéraux juifs sont dans un état de désespoir. Ils ne peuvent plus cacher leur peur de la vérité.

Cependant, je crois que les Palestiniens devraient se libérer eux-même, notre rôle est de les protéger et de soutenir leur résistance. Pour le moment nous faisons le contraire. Nous inventons des tactiques imaginaires «non violentes» infantiles qui ne servent qu’à nous faire sentir mieux au détriment des Palestiniens.

BS: Pensez-vous que toute organisation militante ayant -Juif- dans leur nom est vouée à ne faire que ce qui est bon pour les Juifs?

GA: Cela dépend de ce que nous entendons par le mot en -J-. Les Juifs de la Torah voient la Torah comme le noyau de leur approche humaniste du conflit. C’est un appel légitime que je soutiens et que j’ai loué durant toute ma carrière. Cependant, les organisations juives laïques telles que IJAN, J-BIG et JVP vendent un produit ethnocentré. Ils célèbrent l’exclusivisme juif, leurs conseils sont purement juifs et imperméables à la notion de diversité qu’ils épousent. La Knesset israélienne, qui a comme 3e plus grand parti un parti arabe, est beaucoup plus diversifiée, pluraliste et tolérante que la JVP ou tout autre groupe progressiste juif.

BS: Qu’en est-il des organisations pour le mouvement des Droits Civiques Américains comme Southern Christian Leadership Council ou des groupes comme Sabeel qui sont chrétiens? N’ont-ils pas fait et/ou ne font-ils pas du bon travail?

GA: Nous mettons le doigt ici sur une grande et cruciale distinction entre la Judéité qui est un nationalisme, ethnocentré, associé à une religion (le Judaïsme) et le Christianisme qui est simplement un système de croyance. Comme je l’ai dit plus haut, il n’y a pas de problème avec les Juifs de la Torah appliquant leur système de croyance au conflit et à sa résolution. Tout comme il n’y a pas de problème avec les chrétiens qui font de même. Cependant, je rencontre un problème avec les juifs laïcs qui construisent une idéologie exclusive qui est centrée autour de leur fraternité raciale imaginaire. Que penseriez-vous de “Aryan Voice for Peace” ou de “Solidarité avec la Palestine Blanche”? Ces groupes seraient-ils kasher à vos yeux?

BS: Pensez-vous que les Juifs aux États-Unis proclamant “Pas en mon nom” peuvent fournir un changement politique positif ou servir stratégiquement tout moyen efficace de faire contrepoids aux Juifs et autres qui soutiennent les grosses quantités d’argent des impôts américains qui vont en Israël?

GA: «Pas en mon nom» est une banale démarche échappatoire. Cela jète fondamentalement le blâme sur tout le monde. En disant “pas en mon nom (juif)” vous concédez que les crimes d’Israël sont commis par les juifs et en leur nom. Si c’est ce à quoi vous voulez parvenir, je ne peux que vous féliciter. Je suis d’accord.

BS: Je vous avoue que j’adore la cuisine juive, la musique, la littérature, le yiddish, les vacances, et je suis si heureuse d’avoir cette culture par rapport à tant d’Américains qui ont leur Mc Donalds en tant que culture. Un monde sans cultures ne serait-il pas comme un immense Mc Donalds? N’est-il pas bon que les gens soient en mesure d’avoir des cultures différentes?

GA: Pour commencer, je respecte votre amour pour la culture et la nourriture juive, mais vous devez accepter que la soupe au poulet n’est pas exactement un argument politique. Voulez-vous essayer de libérer les Palestiniens avec des boulettes de Matza?

J’aime vivre et faire partie d’une société multi-culturelle. Je ne veux certainement pas vous priver de votre culture et de votre patrimoine. Peut-être que l’exclusivisme juif que vous célébrez dans la JVP est supérieur à la culture de McDonalds. Alors, permettez-moi de vous demander, si c’est ok pour vous d’aimer votre nourriture, musique, littérature, et jours fériés juifs, c’est également kasher pour les Allemands , les chrétiens ou même les Wasps d’aimer leur propre nourriture, leur musique, leur littérature et leurs jours fériés? Seriez-vous prête à accepter que l’amour de votre propre culture puisse être une qualité universelle ou est-ce un «domaine Juif uniquement»? Les Blancs peuvent s’aimer eux-mêmes? Dieudonné peut-il s’aimer lui-même en tant que noir? Je me demande, parce que le mouvement BDS a excommunié l’éminent écrivain français Jacob Cohen pour sa proximité avec Dieudonné.

Je suppose que lorsque que les JVPs et les Juifs Libéraux seront assez courageux pour répondre à ces questions, ils seront peut-être intellectuellement et moralement mûrs pour renoncer à l’exceptionnalisme juif et rejoindre l’humanité de façon réelle.

Traduction grace a:  Rochelle Cohen.

(*) http://www.gilad.co.uk/writings/2015/5/16/the-jewish-solidarity-spin

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